Deux opérateurs téléphoniques accusent Robin des Toits de diffamation.
Devant la 17ème chambre du tribunal correctionnel de Paris se jugeait hier une affaire de diffamation peu banale. Etienne Cendrier, porte-parole de l'association Robin des Toits, qui dénonce les menaces pour la santé que peuvent constituer les antennes-relais de téléphonie mobile, était poursuivi par deux opérateurs, Orange France et SFR. L'audience, longue et passionnante, s'est vite muée en débat sur l'innocuité ou la dangerosité des antennes-relais. Avec une question fondamentale: celle de l'indépendance de l'expertice scientifique en France, notamment en matière de santé environnementale.
Orange et SFR reprochent à Etienne Cendrier, 38 ans, des propos présumés diffamatoires publiés dans le Journal du dimanche (JDD). Dans une interview croisée avec Yves Contassot, adjoint (vert) au maire de Paris, publié le 9 novembre 2003, le militant associatif accusait les opérateurs de truquer les mesures de puissance de ces antennes. "Les opérateurs dissimulent les vraies expositions pour des histoires de gros sous", affirmait Etienne Cendrier, à l'époque porte-parole d'une autre association (PRIARTEM: Pour une règlementation des implantations d'antennes-relais de téléphonie mobile).
Exposition. Pour Robin des Toits, une exposition trop importante aux antennes-relais pourrait entraîner des migraines, des troubles du sommeil, des pathologies du cerveau, des cancers. Afin de garantir des absences de risque pour la santé, l'association demande qu'on impose un seuil maximal d'exposition de 0,6 volt/mètre, comme cela est le cas dans d'autres régions européennes. En France, ce seuil varie de 41 volts/mètre pour la téléphonie actuelle à 61 volts/mètre pour la téléphonie de 3ème génération. Sauf à Paris où une charte signée entre la ville et les opérateurs en 2003 a permis d'imposer un seuil de 2 volts/mètre. "Les opérateurs sont systématiquement prévenus des mesures de contrôle des puissances des antennes-relais", regrette Etienne Cendrier, qui évoque une collusion entre les bureaux de contrôle effectuant ces mesures. Des bureaux payés par...les opérateurs de téléphonie. Une affirmation confirmée par René Dutrey, président du groupe Verts au Conseil de Paris: "Au vu du relevé des mesures que je reçois dans le cadre de la campagne lancée par la ville, et où l'on trouve des résultats à zéro volt/mètre [ce qui, selon les scientifiques, est impossible], j'ai defortes suspicions. Les opérateurs ont la capacité de baisser le seuil d'émission des antennes et ce sont eux qui financent toutes les mesures officielles. Ils se retrouvent ainsi juge et partie."e René Dutrey a assuré que Cendrier et son association avaient joué le rôle de lanceurs d'alerte, indispensable devant l'incertitude scientifique qui règne sur l'impact sanitaire des antennes-relais. Des études toujours rédigées, selon lui, par "le même noyau d'experts" français, financés en partie par les opérateurs. Un autre témoin, cité par la défense, a accrédité ces propos. Pierre Le Ruze est un expert indépendant spécialisé dans les effets des ondes électro-magnétiques. Il a déploré que "les travaux qui ne vont pas dans le sens d'une innocuité des expositions sont purement et simplement jetés à la poubelle".
Cancérigènes. Maître Olivier Baratelli, avocat de SFR, a rappelé que l'OMS (Organisation mondiale de la santé) assure que les antennes-relais sont sans danger. "Est-[i]ce qu'on peut donner raison à un lanceur d'alerte face à différentes institutions telles que l'OMS?" a-t-il demandé à André Cicollela, chercheur cité comme témoin par la défense. "Je vous renvoie à l'exemple de l'amiante", a répondu le chercheur. Les dangers de cette fibre hautement cancérigène étaient connus dès 1906, a-t-il rappelé, et il a fallu attendre 1997 pour que l'amiante soit interdite en France. Malgré le travail de plusieurs lanceurs d'alerte. Le débat se poursuivait hier soir, le jugement ne devrait pas être connu avant plusieurs semaines.
Eliane Patriarca.



